Le regard de... Pierre Bagley
Un producteur Américain à Bordeaux
15 janvier 2026Vous avez décidé de quitter les États-Unis pour la France. Pourquoi avoir choisi la ville de Bordeaux ?
Je suis né aux États-Unis et j’ai vécu à Los Angeles, Washington et New York. Je ne voulais plus d’une grande ville. Je cherchais un lieu facile d’accès, bien connecté, mais sans toute la folie des mégalopoles. Grâce à son aéroport et à sa gare TGV, Bordeaux est reliée au monde entier, avec une seule escale à Paris. Depuis Bordeaux, on peut aller partout. Et puis nous voulions un lieu de vie typiquement français. Nous l’avons trouvé… sur Google Maps. Avec la fonction Street View, nous avons parcouru toutes les rues de la ville. Bordeaux nous est apparue chaleureuse, enveloppante, comme un bon duvet.
Vous avez choisi le quartier de la Grosse Cloche. Pourquoi ?
J’avais découvert la Grosse Cloche sur Internet, là encore. Elle m’a tout de suite semblé féérique, presque magique, comme dans les dessins animés qui ont bercé mon enfance. Pour moi, c’était Disneyland… en vrai. Aujourd’hui, j’habite juste à côté. Je la vois tous les jours et je l’entends sonner une fois par mois. Cette cloche a plus de 700 ans. Chaque mois, je filme cinq minutes de son carillon. C’est devenu pour moi une sorte d’expérience spirituelle.
Vous êtes ici depuis bientôt dix ans. La ville a-t-elle beaucoup évolué ?
Je suis arrivé il y a sept ans exactement. Je ne parlais pas un mot de français et je n’étais jamais venu en France. Ici, j’ai découvert tout le contraire des États-Unis. Je ne me suis jamais senti aussi connecté aux autres qu’à Bordeaux. La ville est devenue plus tout : plus vivante, plus solide, plus confiante. Le développement se fait de manière harmonieuse. Le fleuriste en bas de chez moi décore aujourd’hui de nombreux commerces, la boulangerie où j’ai mes habitudes livre des restaurants… La communauté s’est renforcée. La culture française est profonde, sincère. Quand les gens vous demandent “ça va ?”, ils vous regardent vraiment dans les yeux.
Où recommanderiez-vous à un nouvel arrivant de s’installer ?
Le centre-ville est pour moi un paradis. Peut-être que si j’avais des enfants, des animaux ou une voiture, je verrais les choses autrement et je privilégierais davantage la nature. Mais aujourd’hui, les communes autour de Bordeaux me paraissent moins connectées. J’aime profondément les centres-villes. C’est ma nature.
On dit parfois que les Bordelais ne sont pas faciles d’accès… vérité ou rumeur urbaine ?
J’ai découvert les Bordelais en tant qu’anglophone. Or, les relations entre Bordeaux et l’Angleterre remontent à plus de 800 ans. Il en reste quelque chose. Moi, je les adore. Ils sont directs, francs, authentiques. Ils ont de vraies attentions les uns pour les autres. C’est une richesse pour la région, et pour la France.
A-t-il été difficile de trouver un logement ?
J’ai eu beaucoup de chance. J’avais réservé un Airbnb pour deux mois, le temps de chercher une location. Et le premier appartement que j’ai visité a été le bon. J’y suis toujours. J’ai tout de suite sympathisé avec le propriétaire. C’est devenu ma famille. Je sais que c’est rare. Deux chambres, deux salles de bains, une vue sur la Grosse Cloche… C’est exceptionnel.
Les adresses de Pierre Bagley
The French Bastards
Boulangerie contemporaine
50 rue du Pas-Saint-Georges, 33000 Bordeaux
www.thefrenchbastards.fr
Une boulangerie nouvelle génération, gourmande et décomplexée, où l’on vient autant pour le pain que pour l’énergie du lieu.
Books & Coffee
Librairie-café
26 rue du Cancéra, 33000 Bordeaux
www.booksandcoffee.fr
Un refuge pour lecteurs et créatifs, où l’on feuillette un livre en buvant un café de spécialité, à deux pas de la Grosse Cloche.
Le Carreau
Bistrot contemporain
30 rue du Pas-Saint-Georges, 33000 Bordeaux
www.lecarreau-bordeaux.fr
Une table bordelaise très ancrée dans son quartier, appréciée pour sa cuisine simple, juste et sincère.
Hanso
Restaurant japonais
7 rue du Pas-Saint-Georges, 33000 Bordeaux
www.hanso-bordeaux.fr
Une adresse confidentielle d’inspiration japonaise, prisée pour sa précision culinaire et son atmosphère feutrée.
Pierre Bagley est né aux États-Unis, dans une ville de l'Arizona où la ségrégation raciale s’appliquait encore. Producteur et réalisateur, conseiller du maire de Washington, il a vécu à Los Angeles, Dallas, Washington et New York avant de choisir de quitter l’Amérique pour s’installer en France. Séduit par Bordeaux, où il vit aujourd’hui près de la Grosse Cloche, il y a trouvé une ville à taille humaine, connectée et profondément habitée. Ce réalisateur devenu multicréatif travaille actuellement à la création du festival Soul to Soul, imaginé comme un pont entre Bordeaux et Los Angeles, mettant en valeur les cultures urbaines. La première édition est prévue en 2027, en amont des Jeux Olympiques de Los Angeles